Publié par : G.D | 10 octobre, 2008

Pour toi, petit frère.

Ce billet paraît désormais régulièrement. L’idée étant de découvrir petit à petit la pensée de Georgescu-Roegen, mathématicien, philosophe et économiste décroissant. La fusion de ces trois sciences lui permit de mettre à jour la pensée décroissante dont il fut le fondateur. Nous découvrirons progressivement ses thèmes de réflexion, aujourd’hui « La croissance, mythes, polémiques et sophismes » et vous verrez comme elles font écho à notre actualité.

Nous sommes dans le courant des années 80, avec une infinie qualité scientifique et philosophique, Georgescu démonte la machine économique des modèles occidentaux, qu’ils soient marxistes ou capitalistes.

Projetez son film sur le mur de notre actualité : c’est brûlant de réalité, non ?

Pour bien apprécier son texte, j’ai dû me plonger dans les définitions de « PNB » et de « décroiCentrale nucléaire de Pierrelatte (26) - Nov 2006ssance » du Petit Robert et de Wikipédia :

Qu’est-ce que la décroissance selon le nouveau Petit Robert de 2007 ?

« Une politique économique visant à réduire le taux de croissance du PNB national ».

Qu’est-ce que le PNB selon Wikipédia ?

« La production annuelle de biens et services marchands » – en opposition aux services non-marchands, qui ne sont pas à l’origine d’un profit de la part de l’unité productrice-.

  1. L’épuisement des ressources naturelles ?
  2. L’explosion des marchés financiers due à néocapitalisation ?
  3. les dégazages de cargos, de centrales, d’industries lourdes ?
  4. 80 % des richesses du monde dans les mains de 20 % de la planète ?

ça vous parle ? Alors lisez ce qu’en dit Georgescu.

Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance (1979), 2e édition, 1995

La croissance : mythes, polémiques et sophismes.

« Une grande confusion imprègne les vives controverses relatives à la croissance ; tout simplement parce que ce terme est utilisé dans de multiples acceptions. Une confusion sur laquelle Joseph Schumpeter a constamment mis en garde les économistes, c’est la confusion entre croissance et développe­ment.Joseph SchumpeterImage via Wikipedia Il n’y a croissance que lorsque augmente la production par habitant des types de biens courants, ce qui implique naturellement aussi un épuisement croissant des ressources également accessibles. Le développement signifie l’introduction de n’importe quelle innovation. Dans le passé, le développement a généralement induit la crois­sance et la croissance n’est advenue qu’en association avec le développement. Il en est résulté une singulière combinaison dialectique également appelée « croissance », mais à laquelle nous pourrions réserver une autre étiquette courante, celle de « croissance économique ». Les économistes en mesurent le niveau au moyen du PNB par habitant en prix constants ».

« La croissance économique – il convient de le souligner – est un état dyna­mique, analogue à celui d’une automobile prenant un virage. Il est impossible pour une telle automobile de se trouver sur une trajectoire à un moment donné et sur une autre au moment suivant. L’enseignement de l’économie dominante selon lequel la croissance économique dépend seulement de la décision prise à un moment donné de consommer une proportion plus ou moins grande de la production est en grande partie non fondé. En dépit des superbes modèles mathématiques d’Arrow-Debreu-Hahn qui ont fait les délices des professionnels, ainsi que des modèles d’orien­tation pragmatique de Leontief, il n’est pas vrai que tous les facteurs de production (y compris les biens intervenant dans le processus) puissent être directement utilisés en tant que biens de consommation. Ce n’est que dans une société agraire primitive n’employant pas d’équipement en capital que la déci­sion d’économiser du blé sur la moisson en cours se traduirait par un accrois­sement de la récolte moyenne de l’année à venir. Les autres économies croissent maintenant parce qu’elles ont crû hier et elles croîtront demain parce qu’elles croissent aujourd’hui ».

« Les racines de la croissance économique plongent profondément dans la nature humaine. C’est en raison des instincts d’artisanat et de curiosité gratuite de l’homme décrits par Veblen qu’une innovation en suscite une autre – ce qui constitue le développement. Étant donné aussi la fascination de l’homme pour le confort et les gadgets, toute innovation conduit à la croissance. Certes, le développement n’est pas une caractéristique inévitable de l’histoire; il dépend de plusieurs facteurs ainsi d’ailleurs que d’accidents, ce qui explique que le passé de l’homme consiste principalement en longues séquences d’états quasi stationnaires et que l’ère d’effervescence actuelle ne soit qu’une toute petite exception [1] »

« Toutefois, au niveau purement logique, il n’y a nul lien nécessaire entre développement et croissance; on pourrait concevoir le développement sans la croissance. C’est faute d’avoir systématiquement observé les distinctions précédentes que les défenseurs de l’environnement ont pu être accusés d’être des adversaires du développement [2]. En fait la véritable défense de l’environ­nement doit être centrée sur le taux global d’épuisement des ressour­ces (et sur le taux de pollution qui en découle). Si la controverse s’est finale­ment nouée autour de cet indicateur de l’économiste qu’est le PNB par habitant c’est seulement parce que, dans le passé, la croissance économique s’est tra­duite non seulement par une augmentation du taux d’épuisement, mais encore par un accroissement de la consommation de ressources par habitant. Il en est résulté que le vrai problème a été enterré sous un monceau de sophismes. Car même si, bien qu’à un niveau purement théorique, la croissance économique est compatible avec une baisse du taux d’épuisement, la croissance pure ne peut excéder une limite certaine, quoique indéterminable, sans un accroissement de ce taux – à moins qu’il y ait une baisse substantielle de la population ».


[1] Certains de ceux qui ne comprennent pas combien exceptionnel et peut-être même anormal est l’intermède actuel  Journal of Economic Literature, ignorent le fait que l’extraction du charbon des mines a commencé il y a seulement huit cents ans et que, aussi incroyable que cela paraisse, la moitié de la quantité de charbon qui ait jamais été extraite l’a été dans les trente dernières années. À noter aussi que la moitié de la production totale de pétrole brut date des dix dernières années seulement!

[2] Solow affirme aussi que s’opposer à la pollution équivaut à s’opposer à la croissance économique. Toutefois, la pollution nuisible peut être contenue à un niveau très bas si des mesures idoines sont prises et si la croissance pure est ralentie.

Atomique PanacheImage by Vixente via Flickr

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