Publié par : G.D | 20 août, 2008

LES COLOSSES AUX PIEDS D’ARGILE

Parallèlement à la lecture de l’article ci-dessous, vous pouvez écouter l’émission de Daniel Mermet « Là-bas si j’y suis » sur France-Inter. L’invité est Frédéric Lordon, économiste régulièrement invité chez Mermet et qui a écrit « Le jour où Wall Street est devenu socialiste », N° d’octobre du Monde Diplomatique, également sur le site du Monde Diplomatique. Il parle des conséquences et des dommages collatéraux de l’actuelle crise financière. Analytique, instructif et abordable, comme toujours chez Mermet.
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labassijysuis

Des géants pétrifiés

Ce mois de septembre 2008  a été le théâtre d’évènements historiques avec l’explosion du système bancaire américain mais ce n’est pas ce qui m’a frappé. Comme vous, je suis littéralement dépassé par le contenu des informations. Ces conglomérats qui s’avalent mutuellement à des prix défiants notre entendement me laissent froid, même si j’imagine, de ma place, devoir en payer le prix fort.

J’évoquais la place des mandarins à l’ouverture de ce blog. Je ne pensais pas que l’actualité me rejoindrait si vite et si violemment.

Non, ce n’est pas ça qui m’interpelle le plus. Ce qui me pétrifie dans l’actualité de cette semaine est d’un autre ordre. C’est… C’est l’incroyable, l’inconcevable AVEU D’IMPUISSANCE DE NOS DIRIGEANTS.

Le Monde du 24/09/08 cite Bush à propos du plan de sauvetage du système bancaire américain   : « Je suis certain du fait que, quant tout aura été dit, il y aura un plan solide. Il doit y en avoir un ». Magnifique ! Le type qui, durant deux mandats consécutifs, s’est complaisamment pensé comme l’homme le plus puissant du monde est en train de nous dire calmement que tout ça se passe sans lui, loin de lui, qu’il n’y comprend goutte et que finalement, vu qu’il sort d’un jeu dont il n’a d’ailleurs été qu’un joker, il s’en fout un peu. Il doit y avoir quelque part un truc qui vous sortira de cette merde, dormez bien.

Encore plus étonnant. Encore plus inquiétant. Beaucoup plus proche de nous. C’est Sarkosy qui s’y colle ce jeudi dans sa déclaration publique faite à  Toulon et que Le Monde du 25/09/08 rapporte dans son intégralité.

Je vous cite certains passages qui m’ont éberlué : « La génération qui a vaincu le communisme avait rêvé d’un monde où la démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l’humanité – et ouais, nous y voilà, l’enfant tient son avion cassé dans les mains. Il l’a jeté en l’air en croyant que c’en était un vrai et qu’il allait voler – mais le rêve s’est brisé sur le retour des – attention, vous allez avoir la liste des coupables – fondamentalismes religieux, nationalismes, revendications identitaires, terrorismes – les corses et Ben Laden dans le même sac, bonjour l’amalgame – dumping, délocalisations et dérives de la finance globale. – Ça y est. Il l’a dit, en septième position, dans un souffle. Ça fait mal mais il le lâche. Ouais, ses potes du CAC 40 ont merdé.

Il reprend de l’air et finit d’expliquer sur quoi ses rêves se sont brisés : « Les risques écologiques, l’épuisement annoncé des ressources naturelles – remarquez l’aphorisme : « annoncé » ça veut dire qu’il n’y croit pas encore, que ce sont les autres qui le disent mais enfin qu’ils ont peut-être raison – et aussi … les émeutes de la faim. Et oui car ceux qui ont faim font des émeutes. Comme si courir les rues allait les nourrir.

Mais vous n’avez encore rien entendu : « L’idée que la toute puissance du marché ne doit être contrariée par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle ». Je vous promets, c’est lui qui l’a dit. Il est en train de nous expliquer que, depuis la chute du communisme, ce sont les hyprasociétés financières  internationales qui nous gouvernent et que peut-être aujourd’hui il reconnaît que ça a été une grosse connerie qui nous a menés là où nous sommes. Et c’est le Président de la République qui te dit çà !!!

Il est parti et il enfonce le clou : « Ce système – la toute puissance du marché – n’est pas l’économie de marché, n’est pas le capitalisme. L’économie de marché n’est pas la loi de la jungle, n’est pas des profits exorbitants pour quelques-uns et des sacrifices pour tous les autres. » Nicolas, arrêtes, tu t’embrouilles. Un oeuf est un oeuf et un boeuf est un boeuf.

Alors, Monsieur le Président de la République sort son arme et la pose sur SA tempe : « La crise financière n’est pas la crise du capitalisme. C’est la crise d’un système qui a trahit l’esprit du capitalisme. » Tu l’appelles comme tu veux, n’empêches que c’est toi qui a piloté ce système-là.

Bon. Maintenant qu’il a reconnu l’ampleur de la catastrophe, va t-il changer son fusil d’épaule ? Non : « Renouer avec le collectivisme serait une erreur historique ». Donc ? On continue ? Oui. On continue : « La moralisation du capitalisme financier est une priorité… La crise actuelle est structurelle, les changements qu’elle annonce sont profonds mais, dans la situation où se trouve l’économie, je ne conduirai pas une politique d’austérité qui aggraverait la situation. La France ne s’en sortira pas en investissant moins mais en investissant plus ».

Voilà. Tout est dit. La décroissance n’est pas pour demain. Le monde occidental est gavé, malade. Nos ventres débordent mais consommez, consommez car ce n’est pas à la fin de l’orgie qu’on vomit. On s’endort. C’est le lendemain.

Un tel discours, sorti droit de la Bush d’un Président de la République et non pas d’un obscur opposant – bien que dernier pourrait demain le reprendre à son propre compte et dans son intégralité – ne vous fait-il pas froid dans le dos ? Je ne fais de politique. Je dis simplement que ça y est, nous avons les deux pieds dedans alors, tu l’appelles austérité (pour certains plus que pour d’autres. Mais dans le système actuel, et dont Sarkosy nous prévient qu’il n’est pas question qu’il change, l’austérité ne sera pas partagée, rassurez-vous) ou décroissance, (partagée, il l’appellerait collectivisme). Il va bien falloir se serrer la ceinture. Non ?

Gilles Ducloux

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Responses

  1. SARKO à pris la carte de la L.C.R ?
    non?!!!!!!!!!
    si si je te le dit

  2. Article gonflé mais sympa

  3. gilles qui parle de sa voiture qui chauffe, moi je vous le dit, c’est assurément en connaissance de cause

  4. Sensibilisé par ta question, j’ai effectivement cherché une solution de remplacement à ma vieillle 21 et j’en ai trouvé une : « Toyota vient d’annoncer qu’il augmentera le prix américain de sa Prius de 500 dollars US pour son modèle 2009. La division des ventes du constructeur a précisé que le prix de détail connaîtra une hausse de 2,2%. Les prix de base du véhicule iront de 22 000 dollars US pour le modèle standard à 24 270 dollars US pour sa version davantage équipée. Petit rappel : Toyota voudrait doter sa Toyota Prius de panneaux solaires composés de cellules photovoltaïques dès 2009 : ils seraient installés sur son toit. Histoire d’ajouter l’énergie solaire à la technologie hybride en série ! Ce dispositif serait destiné à faire fonctionner l’air conditionné (voir article). Les technologies environnementales se payent ! » 24 270 dollars, peux-tu contribuer pour la moitié et je te la prête un week-end sur cinq. Raisonnement décroissant.


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